L’AGENT NE FAIT PAS LE BONHEUR

Auteure : France Cantin . Agente d’artistes, formatrice, blogueuse
Source : http://lavoieestlibre.wordpress.com/
Une belle jeune fille marche dans les rues d’Hollywood et est arrêtée par un riche producteur qui lui promet de faire d’elle une star.

Ce bon vieux cliché à l’américaine parle encore très fort et nombreux sont les artistes de tous les domaines qui espèrent un jour être « découverts » par quelqu’un qui reconnaîtra enfin leur talent et leur garantira la réussite et le succès.

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J’ai le regret de vous annoncer que ça ne vous arrivera probablement jamais.

Même dans le merveilleux monde du showbiz, où on dépense beaucoup de salive et d’encre à vous faire croire à ces histoires de Cendrillon, ce n’est souvent qu’un prétexte pour vous émouvoir et vous faire acheter ce qu’on vous propose.

Ce qu’il faut pour réussir, c’est d’abord bien sûr un minimum de talent, mais surtout beaucoup, beaucoup de travail, une bonne dose de courage (ou de naïveté) et une bonne stratégie marketing. Et encore là….

Vous ne serez pas sauvés par qui que ce soit. Vous êtes responsable de votre propre succès, même si vous avez un agent, même si vous avez une bonne galerie. Attendre que quelqu’un vous sauve, c’est une fausse excuse pour expliquer vos difficultés qui sont en tout point normales.

Parlons des vraies choses, voulez-vous?

Étant moi-même une agente d’artistes, je refuse en moyenne 4 à 5 artistes par semaine. Pourquoi? Je sais que je vous déçois. C’est pourtant bien simple. Un artiste visuel gagne en moyenne autour de 15 000 $ par année, donc parfois moins. Un agent gagne entre 10 % et 25 % de ce montant, selon les tâches qu’il s’est engagé à prendre. Faites vos propres calculs. Vous devez donc quand même déjà gagner un minimum pour que je puisse considérer le projet viable. Non pas parce que je suis à l’argent, mais parce que votre mise en marché à elle seule coûtera quand même des sous que vous n’avez peut-être pas.

Oui, j’ai aussi besoin d’être rémunérée pour mon travail, minimalement, tout comme vous.
Une bonne partie de mon temps, je le passe à défendre justement un droit à la rémunération pour les artistes, pour chaque projet qu’on leur offre. (On en parlera un jour de la visibilité qu’on vous offre à défaut de vous payer!)
Évidemment, pour bien faire mon travail, je ne peux pas non plus prendre un grand nombre d’artistes à ma charge en même temps. Il se peut aussi que vos objectifs soient flous ou peu réalistes. Même si la plupart du temps, je trouve votre travail très intéressant!

Qu’est-ce que vous attendez d’un agent ou d’une agente? À part un miracle, on s’entend…

Beaucoup d’artistes m’approchent avec une idée très peu précise de leurs besoins. Aidez-moi, croyez en moi, c’est ce qui principalement résume leur demande. Je crois en vous. Le problème n’est pas là. Votre premier réflexe devrait être d’analyser votre situation par rapport au marché. Vous avez produit un corpus d’oeuvres. Savez-vous quel public sera susceptible de s’y intéresser? Avez-vous réfléchi à la meilleure façon de faire connaître votre travail et le mettre en marché? Avez-vous un propos qui risque d’intéresser les médias? Comment voyez-vous la suite pour vous? Où vous imaginez-vous dans 10 ou 20 ans? Que voulez-vous vraiment accomplir? Qu’est-ce qui est synonyme de succès pour vous (reconnaissance vs revenus)? Comment croyez-vous pouvoir financer votre pratique en attendant qu’elle soit rentable? À quel niveau avez-vous VRAIMENT besoin d’une aide extérieure?
Plusieurs artistes par exemple ont leur propre site internet transactionnel, ou font affaire avec une ou plusieurs galeries virtuelles. Ils participent régulièrement à des expositions collectives, des symposiums, etc. Ils diffusent abondamment et intelligemment leur travail sur les médias sociaux et réussissent à se bâtir une certaine clientèle.
Or, un de ces artistes pourrait vouloir organiser une exposition solo par lui-même, trouver une galerie permanente pour ses oeuvres, développer le marché international, travailler à sa visibilité dans les médias. Ce sont là des objectifs clairs et définis pour lesquels il pourrait avoir besoin d’une aide extérieure.

Comment choisir un agent ou une agente :

Si vous considérez que vous générez assez de revenus ou que vous disposez des fonds nécessaires pour vous prévaloir des services d’un agent, quels sont les critères à considérer afin de choisir la bonne personne?
Les agents d’artistes en arts visuels sont relativement peu nombreux et sont donc très sollicités. Il est important de dire que le métier n’est enseigné formellement nulle part au Québec à ce que je sache. Il n’existe pas d’ordre professionnel non plus. Il existe par contre de très bonnes formations pour devenir agent, mais elles sont orientées surtout vers l’industrie musicale. N’importe qui peut se réclamer agent et il importe donc de vérifier les compétences de la personne selon la tâche qu’on lui demandera d’accomplir.
Certains agents se contenteront de vous trouver une galerie (ce qui est déjà beaucoup) et prendront une commission sur l’ensemble de vos ventes futures à cette galerie.
Certains s’occuperont aussi de la gestion de vos droits d’auteur (le cas échéant), de vos relations de presse, de votre comptabilité, de l’organisation de vos événements, de votre agenda, etc.  Tout se paie et la commission que vous versez à votre agent sur l’ensemble de vos revenus reliés à l’art devrait refléter le travail accompli. Il est aussi possible de recourir à certains services ponctuels (relations de presse et organisation d’une exposition par exemple) moyennant une somme forfaitaire. Soyez donc conscients de vos besoins et négociez les tarifs en conséquence.
Finalement, un artiste ne peut choisir un agent et un agent un artiste selon des critères purement commerciaux, comme ce serait le cas pour toute autre relation d’affaires. Il s’agit souvent d’une relation très proche et c’est pourquoi certains artistes choisiront quelqu’un de leur entourage immédiat pour la tâche. La relation exige en effet une très grande confiance de part et d’autre, de la complicité, de la transparence, une vision et un engagement partagés.
Si vous avez trouvé votre perle rare, il est toujours préférable de se munir d’un contrat afin que les droits, devoirs et obligations de chaque partie soient bien définis en cas de litige.

Comment présenter votre travail à un agent ou une agente?

Ceux et celles qui me suivent sur Facebook sont peut-être familiers avec mon humour (humeur) particulier par rapport aux clients potentiels qui m’abordent. Premièrement, il est poli de demander si la personne sollicite une nouvelle clientèle, ce qui n’est pas toujours le cas et ce qui n’est pas mon cas non plus, soit dit en passant…
Des tactiques du type simple message qui dit seulement « toi et moi nous sommes faits l’un pour l’autre » accompagné d’une adresse web me sembleront toujours louches. J’ai toujours la vague impression d’un soir de déprime sur Réseau-Contact.
Me téléphoner à 6 reprises dans une journée pour me rejoindre finalement en soirée pour simplement me dire : « vous avez accepté ma demande de contact sur tel réseau social aujourd’hui, avez-vous regardé mon site web? » n’est pas une bonne stratégie non plus.
Sollicitez un agent de la même manière que vous solliciteriez un employeur. Soyez conscient que la personne que vous contactez a probablement un horaire chargé et qu’elle est sollicitée à maintes reprises par des personnes souvent aussi talentueuses et motivées que vous. Soyez clairs, soyez précis. Présentez-vous et exprimez clairement ce que vous voulez. Ne demandez pas à l’agent d’avoir à vous chercher pour voir votre travail. Fournissez des liens directs ou des photos et des informations précises et succinctes qui n’auront pas besoin d’être téléchargées au préalable. Le courriel sera le moyen de transmission privilégié, car il permettra à la personne de regarder au moment qui lui conviendra. Si vous devez absolument utiliser le téléphone, respectez les heures normales d’affaires. Finalement, essayez de voir si l’agent en question semble avoir des affinités avec vous, par le biais des projets qu’il ou elle a réalisés et par le biais des artistes qu’il ou elle représente. Si par exemple je m’occupe principalement d’artistes de la contre-culture, il y a peu de chance que je trouve un intérêt à travailler pour un artiste qui fait du paysage classique ou du floral, à moins que ces paysages et ces florals soient vraiment différents. Par contre, je pourrais le faire pour un projet ponctuel si le travail est intéressant. Bref, c’est à vous de juger et de convaincre la personne.

Quelles sont vos alternatives?

Comme je le mentionnais au début, peu d’artistes auront au cours de leur vie à se prévaloir des services d’un agent ou d’une agente. L’important, que vous ayez un agent ou non, est d’être en contrôle de votre carrière et d’avoir des objectifs relativement clairs. Informez-vous, soyez en contact avec d’autres artistes, galeristes et professionnels des arts visuels. Construisez-vous une banque de contacts. Il y a aussi des formations qui ont pour but de vous aider à mieux porter tous les chapeaux requis pour le métier et vous pouvez toujours avoir recours à de l’aider professionnelle ponctuelle. Bref, prenez votre destin en main. N’attendez pas d’être sauvés. Le métier d’artiste est un métier difficile, mais pour qui a le feu sacré, il a beaucoup à offrir.

Je vous laisse sur ce fabuleux dessin animé qui a marqué mon enfance. Ce petit bijou relève du même imaginaire hollywoodien auquel je référais au début. Souvenez-vous que, peu importe la qualité de l’agent, l’artiste a toujours le dernier mot au final.

Source : http://lavoieestlibre.wordpress.com/

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